Contre la limitation de la vitesse à 80 km/h !

limitation vitesse 80 kmhA l’issue de la réunion le 16 juin 2014 du Conseil national de la sécurité routière, le ministre de l’Intérieur, Monsieur Bernard Cazeneuve, s’est dit favorable à l’expérimentation de la limitation de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires à deux voies.

Il a précisé qu’à l’heure actuelle, cette mesure d’expérimentation ne peut être envisagée « que sur des segments très accidentogènes car il faut prendre le temps de la pédagogie » ; ce qui, loin s’en faut, n’exclut pas ultérieurement une généralisation de cette mesure à l’ensemble du réseau routier français.

Selon un rapport du Conseil national de la sécurité routière (CNSR) rendu le 30 septembre 2013, la réduction de la vitesse maximale autorisée à 80 km/h sur « les routes bidirectionnelles » nationales, départementales et communales où elle est limitée à 90 km/h constituerait la mesure « la plus efficace pour réduire la mortalité ». Elle permettrait de sauver 450 vies chaque année si elle s’appliquait sur l’ensemble du réseau concerné, et au moins 200 vies si elle n’était mise en place que dans les zones les plus dangereuses.

Les conclusions de ce rapport nous apparaissent pourtant fortement contestables sur plusieurs terrains.

 

1) Sur le terrain de la sécurité routière

Vous noterez tout d’abord qu’il n’existe aucune corrélation entre baisse de la vitesse sur les routes et baisse du nombre de tués :

  • c’est sur les autoroutes que l’on dénombre le moins de morts alors que c’est sur les autoroutes que l’on roule le plus vite
  • concernant le réseau secondaire, alors que la vitesse y est limitée à 97 km/h (60 miles/h) au Royaume-Uni, le nombre de morts y est bien moins élevé qu’en France, où la limitation de vitesse est pourtant plus faible (90 km/h).

Nous rappellerons également, à l’instar de la Ligue des Conducteurs, qu’entre 1998 et 2002, le nombre de décès sur les routes a diminué de 15 % alors que, sur cette même période, la vitesse moyenne de circulation a augmenté sur tous les types de réseaux : autoroutes, routes nationales et réseaux urbains.

 

2) Sur le terrain économique :

Selon le Professeur d’Economie Rémy Prud’homme, baisser la limitation de vitesse sur les routes secondaires coûtera à l’économie française plusieurs milliards d’euros par an. Selon cet expert, si la diminution de la vitesse générera des gains de l’ordre de 1,3 milliard d’euros par an sur les coûts liés aux accidents de la route et la consommation de carburant, elle coûtera en revanche environ 5,2 milliards d’euros par an en termes de gain de temps. C’est donc selon le Pr. Prud’homme, « une opération qui coûte au total près de 4 milliards d’euros à l’économie française ».

Une seule question vient à l’esprit : l’économie française peut-elle se le permettre alors que sa croissance est en berne ?

 

3) Sur le terrain politique :

Aujourd’hui, ce sont déjà plus de 27 000 procès-verbaux pour excès de vitesse qui sont dressés chaque jour et plus de 10 millions de points qui sont retirés du permis de conduire chaque année. Au ras-le-bol fiscal s’ajoute incontestablement un ras-le-bol des PV et des retraits de points. Cette situation étant devenue insupportable, l’immense majorité des usagers de la route ne peut qu’être opposée à un abaissement de la limitation de vitesse sur les routes secondaires, qui fera exploser le nombre de PV pour excès de vitesse et les retraits de points.

Alors que la France subit actuellement une très grave crise politique, ce serait un contre-sens politique majeur que de voter la généralisation de l’abaissement de la limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires !

Il serait plus judicieux pour le Gouvernement de s’attaquer aux causes réelles de la mortalité sur les routes, comme l’alcoolémie et la somnolence au volant, mais aussi d’améliorer la qualité de nos infrastructures routières.

 

Rédigé par Me Grégory D’Angela, avocat permis de conduire (portable : 06 24 13 21 52 ; e-mail : dangela.avocats@gmail.com)